![]() L’Iran face aux émeutes du carburant
Le régime a décidé de rationner l’essence à 100 litres par mois.
Par (avec AFP) RAJA KHELIFI
QUOTIDIEN : vendredi 29 juin 2007
Le calme semble pour l’instant revenu à Téhéran, après des émeutes sans précédent dans la nuit de mardi à mercredi, suscitée par la décision du gouvernement de rationner l’essence. Des files de voitures longues de plusieurs kilomètres étaient visibles, hier, devant des stations de la capitale iranienne pour faire le plein.
La veille, douze stations-service avaient été brûlées par des automobilistes quelques heures après l’annonce surprise de la mise en vigueur immédiate du rationnement.
Ce dernier, prévu pour durer quatre mois, n’accorde que 100 litres d’essence par véhicule et par mois et 800 litres aux taxis officiels. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées par la police lors d’une brusque poussée de fièvre prise très au sérieux par le régime. Durant les émeutes, les autorités ont ainsi bloqué les réseaux de SMS pour éviter la propagation de la contestation. Elles ont également interdit à la presse de diffuser des informations sur ces événements.
Proche du président Mahmoud Ahmadinejad, le quotidien
Kayhan a accusé
«la mafia du trafic d’essence» d’avoir provoqué les attaques contre les stations-service
. Le journal modéré
Kargozaran a, quant à lui, regretté que la police, débordée par les émeutes,
«n’ait pas été informée de la date de démarrage du rationnement».
«Le gouvernement était censé prévenir la population 24 heures avant le début du plan», a souligné Esmaïl Ahmadi Moqhadam, le chef de la police.
Malgré ses énormes réserves d’hydrocarbures, l’Iran, quatrième producteur mondial, dispose d’une capacité de raffinage limitée, et importe 40 % de ses besoins en carburant - un détail qui a son importance alors que l’ONU menace de renforcer ses sanctions découlant des ambitions nucléaires de Téhéran.
L’Iran n’est pas un cas isolé. D’autres gros producteurs de pétrole sont contraints d’importer des produits dérivés du brut : le Nigeria, premier producteur africain, doit ainsi importer près de 100 % de ses produits raffinés car aucune des quatre raffineries du pays n’est en état.
Elu en 2005, Ahmadinejad avait promis de
«mettre l’argent du pétrole sur la table des Iraniens» . Une promesse qu’il n’a pas tenue. Mercredi, des automobilistes hurlaient:
«Ahmadinejad doit être tué!» Hier soir, des députés iraniens réclamaient un réexamen des quotas d’essence.
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